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Cigales : biologie, cycle de vie et impact au jardin

Cigales : biologie, cycle de vie et impact au jardin

Tout savoir sur les cigales : caractéristiques, cycle de vie, dégâts sur les arbres et solutions pour gérer leur présence au jardin.

Par Alain, passionné de jardinage8 min de lecture

La cigale est l'un des insectes les plus emblématiques du bassin méditerranéen, omniprésente dans la culture provençale et dans les jardins du sud de la France dès les premières chaleurs de juin. Derrière l'image bucolique se cachent une biologie remarquable, un cycle de vie souterrain fascinant et, pour le jardinier, des questions légitimes sur l'impact réel de ces insectes sur les jeunes arbres et les cultures. Cet article vous présente l'essentiel : identification, espèces présentes en France, cycle de vie, rôle écologique, dégâts potentiels et moyens de protection concrets.

Qu'est-ce qu'une cigale ? Caractéristiques générales

La cigale appartient à la famille des Cicadidae, ordre des Hémiptères. On recense plus de 3 000 espèces dans le monde, principalement dans les zones tropicales et subtropicales. En France métropolitaine, une dizaine d'espèces sont présentes, dont la quasi-totalité est cantonnée au pourtour méditerranéen.

Morphologie

Un adulte mesure entre 2 et 5 cm selon l'espèce. Son corps robuste est brun à noir, souvent avec des motifs clairs ou verdâtres. Les ailes, au nombre de quatre, sont membraneuses et transparentes, largement plus longues que le corps au repos. La tête est large, avec deux grands yeux composés latéraux et trois ocelles disposés en triangle sur le vertex. Le rostre (bec) est long et pointu : la cigale est un insecte piqueur-suceur qui se nourrit exclusivement de sève.

Seul le mâle chante. Il possède de chaque côté de l'abdomen une paire d'organes vibrants appelés cymbales (ou timbales), muscles puissants qui font vibrer une membrane chitineuse à une fréquence pouvant atteindre 400 à 600 Hz. L'abdomen creux amplifie le son comme une caisse de résonance. Résultat : un chant pouvant dépasser 100 dB à 50 cm — soit le niveau d'une perceuse.

Différence entre cigale et criquet : tableau comparatif

CritèreCigaleCriquet
OrdreHémiptèresOrthoptères
Régime alimentaireSève (piqueur-suceur)Végétaux (broyeur)
Production du sonCymbales abdominalesFrottement patte/élytre
Stade larvaireSouterrain (2-17 ans)En surface (quelques mois)
Taille adulte2-5 cm1,5-8 cm selon l'espèce
Ailes4 ailes membraneuses transparentesÉlytres + ailes postérieures
Présence en FranceSud surtoutToute la France
Classement nuisiblesNonVariable selon espèce

Notre sélection :

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Les principales espèces de cigales en France

En France, les espèces les plus couramment observées sont :

  • Lyristes plebejus (cigale commune ou cigale plébéienne) : la plus grande espèce européenne, jusqu'à 5 cm. Son chant est un sifflement continu et puissant. Présente du Languedoc à la Provence.
  • Tibicina haematodes (cigale rouge ou cigale de l'orne) : ailes ornées de rouge à la base, fréquente en garrigue et sous les chênes.
  • Cicada orni (cigale de l'orne ou cigadette) : plus petite (2,5-3 cm), chant saccadé caractéristique, très répandue en zone méditerranéenne.
  • Tibicina quadrisignata : espèce plus rare, protégée en France.
  • Cicadetta montana : seule espèce présente au-delà de la Loire, dans certaines zones de collines ou de garrigue calcaire jusqu'à la Bourgogne.

La limite géographique des cigales en France correspond approximativement à l'isotherme estivale et à la culture de l'olivier. Les remontées vers le nord sont anecdotiques et liées aux étés caniculaires.

Cycle de vie de la cigale : une existence essentiellement souterraine

Le cycle de vie de la cigale est l'un des plus atypiques du monde des insectes. Il se divise en trois phases.

1. La ponte et l'éclosion

En juillet-août, la femelle pond entre 200 et 600 œufs en incisant l'écorce de fins rameaux (diamètre 0,5 à 1 cm) à l'aide de son ovipositeur tranchant. Elle creuse une série de petites loges dans le bois, y dépose 6 à 8 œufs par loge. Ces incisions peuvent fragiliser ou dessécher les rameaux porteurs. Après 6 à 10 semaines, les larves du premier stade (néonymphes) éclosent et se laissent tomber au sol.

2. La vie larvaire souterraine

C'est la phase la plus longue et la plus méconnue. La larve s'enfonce immédiatement dans le sol à l'aide de ses pattes antérieures fouisseuses, qui ressemblent à des pinces de taupe. Elle localise une racine, plante son rostre et se nourrit de sève racinaire pendant toute sa vie souterraine. Selon l'espèce et les conditions, cette phase dure 2 à 5 ans pour les espèces françaises (jusqu'à 17 ans pour les cigales périodiques américaines du genre Magicicada).

La larve mue plusieurs fois (4 à 5 stades larvaires) et grossit progressivement. En fin de développement, elle remonte à la surface, généralement la nuit, grimpe sur un support vertical (tronc, clôture, tige), et procède à la mue imaginale : l'exuvie (enveloppe chitineuse vide) reste accrochée au support — signe caractéristique facilement observable dans les jardins.

3. La vie adulte

L'imago (adulte) vit 4 à 6 semaines. Il consacre ce court laps de temps à se nourrir de sève (via le rostre enfoncé dans les rameaux), à se réchauffer au soleil, à chanter (pour les mâles) et à s'accoupler. Les adultes meurent après la reproduction ; leurs cadavres nourrissent de nombreux prédateurs et participent au cycle des nutriments.

Cigale au jardin : nuisible ou utile ?

Impact positif : un insecte auxiliaire souvent sous-estimé

La cigale joue un rôle écologique réel dans les écosystèmes méditerranéens :

  • Aération du sol : les galeries larvaires améliorent la porosité et la circulation de l'eau.
  • Recyclage des nutriments : les adultes morts enrichissent le sol en azote.
  • Maillon de la chaîne alimentaire : les cigales adultes et larvaires sont consommées par les oiseaux (guêpiers, rolliers, pie-grièches), les lézards, les araignées et certains frelons. Les exuvies et cadavres servent de nourriture décomposée aux invertébrés.
  • Bioindicateur : leur présence témoigne d'un milieu peu traité aux insecticides.

Dégâts réels sur les arbres fruitiers et ornementaux

Les dégâts sont concentrés sur les jeunes rameaux au moment de la ponte (juillet-août) :

  • Dessèchement des rameaux de moins de 1 cm de diamètre après incision de l'écorce.
  • Brunissement du feuillage en bout de branche (symptôme dit « en drapeau »).
  • Affaiblissement possible des jeunes arbres en cours d'établissement (moins de 3 ans).
  • Les arbres adultes et bien établis ne subissent aucun dommage structurel significatif.

Les larves, en se nourrissant des racines, peuvent ralentir légèrement la croissance des jeunes plants en pépinière ou en haie récemment plantée, mais cet impact reste difficile à quantifier et rarement décisif dans un jardin ordinaire.

Solutions de protection pour le jardin

Protéger les jeunes arbres fruitiers pendant la période de ponte

La méthode la plus fiable reste la protection physique :

  • Filets à mailles fines (1 mm) installés sur les jeunes arbres de juin à mi-septembre. Des filets anti-insectes pour arbres fruitiers sont disponibles dans les jardineries et enseignes de bricolage, généralement entre 15 et 35 € pour un lot couvrant 2 à 4 arbres. Optez pour des filets UV-résistants si vous habitez dans le Midi.
  • Manchons de protection pour rameaux : moins courants mais utiles sur les variétés greffées fragiles.
  • Taille de régénération en fin d'été pour éliminer les rameaux porteurs d'œufs (brunissures caractéristiques).

Bon à savoir : les insecticides (même bio) sont inefficaces sur les cigales adultes et n'ont aucun intérêt pour les larves souterraines. Leur usage est de plus totalement déconseillé sur un insecte non classé nuisible et bénéfique pour la biodiversité.

Gérer la nuisance sonore

Le chant des cigales est légalement considéré comme un trouble anormal de voisinage uniquement dans des cas extrêmes (densité exceptionnelle à proximité immédiate d'une habitation). En pratique, aucune réglementation n'impose de seuil pour les bruits naturels.

Pour atténuer la nuisance dans un espace de vie extérieur :

  • Les répulsifs à ultrasons (gamme 20 à 60 kHz) donnent des résultats très variables selon les retours d'utilisateurs et les modèles ; comptez 20 à 80 € pour un appareil de jardin.
  • La plantation d'espèces végétales à feuillage dense (lauriers, thuyas) peut créer un écran phonique partiel.
  • La cigale étant sensible à la fraîcheur, elle cesse de chanter dès que la température descend sous 22-24 °C.

Favoriser les prédateurs naturels

Encourager les prédateurs naturels de la cigale (oiseaux insectivores, lézards verts, mantes religieuses) reste la stratégie la plus durable :

  • Installez des nichoirs adaptés (guêpier, mésange, rouge-gorge) dans le jardin.
  • Maintenez des zones de végétation spontanée où lézards et araignées peuvent s'abriter.
  • Les hôtels à insectes et kits biodiversité permettent d'accueillir d'autres auxiliaires qui équilibrent l'écosystème global.

Observer et identifier les cigales : ressources utiles

Pour les jardiniers curieux et les naturalistes amateurs, plusieurs outils permettent d'identifier les espèces présentes dans votre région :

  • Les livres de détermination des insectes de France (guides terrain, disponibles entre 25 et 45 €) incluent des planches détaillées sur les Cicadidae.
  • L'application mobile iNaturalist (gratuite) permet l'identification par photo et la contribution à des bases de données naturalistes.
  • Le site Inpn.mnhn.fr (Inventaire National du Patrimoine Naturel) recense toutes les espèces françaises et leurs statuts de protection.

Certaines espèces comme Tibicina quadrisignata bénéficient d'une protection nationale en France : il est interdit de les capturer, détruire ou perturber intentionnellement.


Ce qu'il faut retenir

La cigale est un insecte remarquable, à la biologie complexe et au rôle écologique positif dans les jardins méditerranéens. Ses dégâts sur les végétaux se limitent essentiellement aux jeunes rameaux lors de la ponte estivale, et une protection physique par filet suffit dans la grande majorité des cas à préserver les arbres fruitiers fragiles. Considérez-la avant tout comme un indicateur d'un jardin vivant et peu traité plutôt que comme une menace à éradiquer.


Des dégâts inexpliqués sur vos arbres fruitiers ou vos haies, ou des rameaux desséchés après le passage des cigales ? Un jardinier-paysagiste ou un arboriste certifié peut diagnostiquer l'origine du problème et vous proposer un plan d'entretien ou une taille de régénération adaptée. Demandez un devis gratuit à un professionnel près de chez vous et bénéficiez d'un regard d'expert sur votre espace vert.

Questions fréquentes

La cigale est-elle nuisible pour le jardin ?

La cigale est rarement destructrice pour un jardin adulte bien établi. Elle peut endommager les jeunes rameaux d'arbres fruitiers ou ornementaux via ses pontes, et ses larves perturbent légèrement les racines. En revanche, elle aère le sol et participe à la chaîne alimentaire locale. Son impact réel dépend de la densité de population et de la fragilité des végétaux concernés.

Quelle est la différence entre une cigale et un criquet ?

La cigale appartient à l'ordre des Hémiptères (insectes à bec suceur) et passe l'essentiel de sa vie sous terre. Le criquet est un Orthoptère (apparenté aux sauterelles), herbivore, qui vit entièrement en surface. La cigale chante grâce à des cymbales abdominales, le criquet par frottement des pattes sur les élytres. Morphologiquement, la cigale est plus robuste et dotée d'ailes membraneuses transparentes.

Comment se débarrasser des cigales sans produit chimique ?

Il n'existe pas de méthode pour éliminer les cigales, ni même de raison de le faire pour la plupart des jardins. Pour protéger les jeunes arbres fruitiers, posez des filets à mailles fines (1 mm) de juin à septembre. Pour le bruit, les répulsifs à ultrasons donnent des résultats variables selon les retours d'utilisateurs. Les insecticides sont inefficaces et déconseillés sur des insectes non classés nuisibles.

Combien de temps vit une cigale ?

La durée de vie totale varie de 2 à 17 ans, mais la phase adulte en surface ne dure que 4 à 6 semaines en été. La larve passe l'essentiel de sa vie sous terre, se nourrissant de sève racinaire. La cigale périodique nord-américaine (Magicicada) est connue pour ses cycles de 13 ou 17 ans, tandis que les espèces françaises ont des cycles de 2 à 5 ans.